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Victoria colombiana : un nénuphar géant découvert grâce à une photo Instagram

Il a suffi d’une photo de vacances publiée sur Instagram. Les botanistes des Jardins botaniques royaux de Kew, à Londres, viennent de décrire une nouvelle espèce de nénuphar géant, Victoria colombiana, repérée à l’arrière-plan d’un selfie pris dans l’est de la Colombie. Annoncée par Kew le 9 octobre, la découverte a été publiée dans la revue botanique Phytotaxa. Et la plante est déjà menacée : il n’en resterait que quelques dizaines dans la nature.

En bref
• Victoria colombiana est la quatrième espèce connue du genre des nénuphars géants.
• Elle pousse dans la région de l’Inírida, dans l’est de la Colombie.
• Seuls 30 à 50 individus subsisteraient à l’état sauvage.
• Les chercheurs vont proposer son classement « en danger critique » à l’UICN.

Un nénuphar qui n’avait rien à faire là #

L’histoire commence en décembre 2021. Jeremiah Harris, propriétaire d’une pépinière de plantes carnivores aux États-Unis, publie une photo de lui à côté d’un nénuphar géant dans la région de l’Inírida. Il l’identifie comme Victoria amazonica, le célèbre nénuphar d’Amazonie dont les feuilles flottantes peuvent dépasser 1,80 m de diamètre.

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Carlos Magdalena, horticulteur botaniste à Kew et premier auteur de l’étude, tombe sur le cliché et flaire l’erreur. Comme le rapporte Nature World News, Victoria amazonica n’est pas connu dans cette région. Un nénuphar géant à cet endroit pouvait donc être autre chose.

Des images satellite à l’expédition

Le botaniste fouille alors les images satellite de la rivière et y repère un groupe de grandes feuilles circulaires. Jeremiah Harris confirme qu’il s’agit bien des plantes qu’il avait vues. Une expédition est montée environ deux ans plus tard dans cette zone isolée.

Une fleur trouvée la veille du départ #

Trouver les feuilles ne suffisait pas. Pour décrire officiellement une nouvelle espèce, les botanistes ont besoin d’un spécimen en fleur, qui servira d’échantillon de référence en herbier. Or la première recherche ne livre que des feuilles, sans la moindre fleur.

La veille du départ, leur piroguier, un homme autochtone tucano, leur indique qu’il connaît d’autres nénuphars. L’équipe part à une heure du matin et le suit à travers la forêt jusqu’à un petit lac. Cinq nénuphars y flottent, dont un en fleur. Au total, les chercheurs ont recensé sept plantes réparties sur deux lacs.

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Le communiqué de Kew présente d’ailleurs la découverte comme le fruit d’une « observation fortuite sur Instagram ». Le savoir local du guide a fait le reste.

Une espèce déjà en danger critique #

La population connue est minuscule. Selon les estimations relayées par Nature World News, il ne resterait que 30 à 50 individus à l’état sauvage. L’équipe prévoit de soumettre l’espèce à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) afin qu’elle soit inscrite comme « en danger critique ».

Une population aussi réduite est vulnérable à presque tout : une variation du niveau de l’eau, une dégradation d’un des lacs suffisent à la mettre en péril. Les menaces précises pesant sur les sites n’ont toutefois pas encore été détaillées, et l’évaluation officielle de l’UICN reste à publier.

Carlos Magdalena, cité par Gizmodo et repris par Nature World News, insiste sur le rôle des outils numériques, qui tiennent désormais « dans votre poche », et rappelle que de nombreuses espèces sont « détruites avant même que nous apprenions à les connaître ».

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Un genre célèbre, encore mal connu #

Les nénuphars géants du genre Victoria sont parmi les plantes les plus spectaculaires des serres botaniques. Pendant plus d’un siècle, les botanistes n’en reconnaissaient que deux espèces : Victoria amazonica et Victoria cruziana, le nénuphar de Santa Cruz.

En 2022, une équipe de Kew, dont faisait déjà partie Carlos Magdalena, avait décrit une troisième espèce, Victoria boliviana, à partir de plantes cultivées dans les collections du jardin londonien et de populations boliviennes. Comme le racontait alors Kew, elle avait longtemps été confondue avec Victoria amazonica. Victoria colombiana est donc la deuxième nouvelle espèce du genre en quatre ans.

Pourquoi nommer une plante change tout

Ce travail de description n’a rien d’anecdotique. Une espèce ne peut être protégée par une loi nationale ni inscrite sur la Liste rouge de l’UICN tant qu’elle n’a pas de nom scientifique et de description publiée. Nommer une plante est souvent la première étape de sa protection.

Pour les amateurs de plantes, la leçon est réjouissante : même dans un groupe aussi connu que les nénuphars géants, des espèces attendent encore d’être découvertes. Et une simple photo partagée en ligne peut mettre les scientifiques sur la piste.

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Questions fréquentes #

Où pousse Victoria colombiana ?

Dans la région de l’Inírida, dans l’est de la Colombie, où les chercheurs ont recensé sept plantes réparties sur deux lacs.

Combien d’espèces de nénuphars géants existe-t-il ?

Quatre : Victoria amazonica, Victoria cruziana, Victoria boliviana (décrite en 2022) et Victoria colombiana.

L’espèce est-elle menacée ?

Oui. Avec 30 à 50 individus estimés, les chercheurs vont proposer son classement « en danger critique » à l’UICN.

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