Le nourrissage des oiseaux du jardin se pratique de mi-novembre à fin mars, et doit s’arrêter progressivement dès que les températures se stabilisent au-dessus de 5 °C la nuit, soit fin mars ou début avril selon les régions. Continuer au printemps et en été n’aide pas les oiseaux : cela leur nuit, pour des raisons qui tiennent autant à l’alimentation des oisillons qu’à l’hygiène des mangeoires.
La question revient chaque année sur les forums de jardinage, souvent formulée à l’envers : on demande quand commencer, rarement quand cesser. C’est pourtant l’arrêt qui pose le plus de problèmes, parce qu’il concerne la période de reproduction, celle où une erreur d’alimentation se paie en oisillons morts.
Pourquoi la fenêtre s’arrête au printemps #
En hiver, un rouge-gorge ou une mésange bleue peut perdre jusqu’à 10 % de son poids en une seule nuit froide. Les insectes ont disparu, les baies sont épuisées en février, et une mangeoire régulièrement approvisionnée fait réellement la différence sur le taux de survie. C’est le seul moment où le nourrissage se justifie sans réserve.
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Au printemps, la situation s’inverse. Les adultes trouvent à nouveau chenilles, pucerons et larves, et surtout, ils nourrissent leurs jeunes avec ces proies molles et riches en protéines. Une nichée de mésanges charbonnières consomme plusieurs centaines de chenilles par jour. Si les parents trouvent à cinq mètres du nid une source facile de graines de tournesol, ils rapportent des graines. Les oisillons, incapables de digérer ces aliments durs et pauvres en eau, s’étouffent ou meurent de carence. C’est le principal argument des associations de protection de la nature contre le nourrissage estival.
S’ajoutent deux effets moins connus. La concentration d’oiseaux autour d’un point fixe favorise la transmission de maladies, notamment la trichomonose qui a durement touché les verdiers d’Europe, dont les populations ont chuté de plus de moitié en une quinzaine d’années. Et une mangeoire pleine attire les prédateurs et les espèces dominantes, pies et étourneaux en tête, au détriment des passereaux plus discrets.
Les aliments à ne jamais proposer #
Le pain arrive en tête des mauvaises idées. Il gonfle dans le jabot, n’apporte presque rien sur le plan nutritionnel, et fermente rapidement. Les biscottes, brioches et restes de viennoiseries relèvent du même problème, avec du sucre en plus. Les graisses salées sont tout aussi problématiques : lard, bacon, restes de charcuterie et beurre salé, car les oiseaux n’éliminent pas le sodium aussi efficacement que les mammifères. Le lait et les produits laitiers ne sont pas digérés du tout.
Restent à écarter les graines de lin en grande quantité, les cacahuètes salées ou grillées, et surtout les arachides susceptibles de contenir de l’aflatoxine : n’achetez que des cacahuètes vendues explicitement pour l’alimentation des oiseaux. Les boules de graisse enveloppées dans un filet plastique sont à retirer aussi, non pour leur contenu mais pour le filet, dans lequel les pattes se prennent régulièrement. Ce qui convient tient en peu de choses : tournesol noir, cacahuètes non salées, boules de graisse végétale sans filet, et quelques fruits secs.
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Arrêter sans provoquer de rupture brutale #
Un jardin nourri tout l’hiver crée une habitude. Couper du jour au lendemain fin mars pénalise les oiseaux qui ont intégré ce point d’alimentation dans leur territoire, en particulier lors d’un redoux suivi d’un coup de froid tardif. La bonne méthode consiste à réduire les quantités sur deux à trois semaines : d’abord une mangeoire sur deux, puis des remplissages espacés, puis l’arrêt complet. Les oiseaux se redéploient naturellement vers les ressources sauvages.
La date exacte dépend du climat local. Sur la façade méditerranéenne, mi-mars suffit. En Bretagne et dans le Bassin parisien, fin mars est un bon repère. En montagne au-dessus de 800 mètres, ou dans le Grand Est lors d’un hiver tardif, prolonger jusqu’à mi-avril reste raisonnable. Le signal le plus fiable n’est pas le calendrier mais l’observation : quand les visites se raréfient d’elles-mêmes, la nature a repris le relais.
Nettoyer avant de ranger #
L’étape que presque tout le monde saute. Une mangeoire remisée sale devient un réservoir à pathogènes pour la saison suivante. Videz les résidus, brossez à l’eau chaude savonneuse, désinfectez à l’eau javellisée diluée à 5 %, rincez abondamment et laissez sécher au soleil avant stockage. Le sol sous la mangeoire mérite aussi un ramassage des coques et des fientes accumulées.
C’est également le bon moment pour faire l’inventaire du matériel et remplacer ce qui a mal vieilli. Les modèles en bois non traité se fendent au bout de deux ou trois hivers, les silos en plastique se fissurent aux UV ; les gammes actuelles de mangeoires conçues pour les oiseaux du jardin privilégient des plateaux démontables et des toits déportés qui gardent les graines au sec, ce qui limite la moisissure autant que le gaspillage. Un modèle qui se nettoie en deux minutes sera effectivement nettoyé.
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Ce qui remplace la mangeoire d’avril à octobre #
Cesser de nourrir ne signifie pas cesser d’accueillir. Un point d’eau propre, renouvelé tous les deux jours et placé à l’abri des chats, est plus utile en été qu’une mangeoire : la sécheresse prive les oiseaux d’abreuvoirs bien plus souvent que de nourriture. Une haie champêtre variée, quelques orties laissées au fond du jardin et l’abandon des insecticides feront le reste, en produisant les insectes dont dépendent les nichées.