Elle n’a pas de feuilles vertes, passe l’essentiel de sa vie sous terre et ne sort à la lumière que pour fleurir. Des botanistes thaïlandais viennent de décrire une nouvelle espèce de plante, Thismia daemona, surnommée la « fleur du diable » en raison de ses fleurs sombres ornées de petites cornes. Une découverte relayée cette semaine par la presse française, qui rappelle à quel point le monde végétal réserve encore des surprises.
- Nouvelle espèce décrite dans la revue scientifique PhytoKeys par une équipe de deux universités thaïlandaises.
- Une plante sans chlorophylle qui se nourrit grâce à des champignons du sol.
- Moins de 50 individus connus, dans une seule population du parc national de Thong Pha Phum.
- Les auteurs proposent de la classer « en danger critique d’extinction ».
Les points :
Une découverte faite lors d’une mission botanique en 2025 #
La plante a été repérée lors d’une mission menée en 2025 dans le parc national de Thong Pha Phum, dans la province de Kanchanaburi, à l’ouest de la Thaïlande. Elle pousse dans une forêt de montagne sempervirente, entre 930 et 970 mètres d’altitude selon l’article scientifique publié dans PhytoKeys.
L’étude est signée par cinq chercheurs de l’université Chulalongkorn, à Bangkok, et de la Prince of Songkla University. Elle s’appuie à la fois sur la description morphologique de la plante et sur une analyse génétique, qui permet de la situer précisément dans l’arbre de parenté de son genre.
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En France, l’information a notamment été reprise le 12 octobre par Le Bouillon La Rochelle, qui revient sur l’origine de son surnom.
Pourquoi « fleur du diable » ? #
Il suffit de la regarder pour comprendre. Selon la description publiée, la fleur est sombre, avec des tépales extérieurs charnus de couleur orangée et une sorte de coiffe, la « mitre », surmontée de trois appendices en forme de massue qui évoquent de petites cornes. Les étamines, elles, sont d’un bleu translucide.
Le nom latin daemona fait directement référence à cette allure. L’un des auteurs, Sahut Chantanaorrapint, explique dans Le Bouillon que l’équipe a « unanimement convenu » que ce nom rendait l’essence énigmatique de la plante.
La plante est minuscule : ses tiges mesurent entre 3,5 et 6,5 centimètres, et l’ensemble ne dépasse pas 12,5 centimètres fleurs comprises, d’après l’étude. Autant dire qu’il faut avoir l’œil pour la repérer dans la litière de la forêt.
Une plante qui vit sans photosynthèse #
C’est sans doute l’aspect le plus fascinant pour les amateurs de plantes. Thismia daemona est dite mycohétérotrophe : faute de chlorophylle, elle ne fabrique pas sa propre énergie grâce à la lumière, comme le font nos plantes d’intérieur ou les arbres du jardin. Elle puise ses nutriments auprès de champignons présents dans le sol.
Ce mode de vie explique pourquoi elle reste cachée la plupart du temps. Elle ne pointe hors du sol que brièvement, au moment de la floraison et de la fructification. Le reste de l’année, rien ne trahit sa présence.
Pour qui cultive des plantes vertes à la maison, c’est un rappel intéressant : la photosynthèse, que l’on considère comme la règle absolue du monde végétal, connaît des exceptions. D’autres plantes, comme certaines orchidées, entretiennent aussi des liens étroits avec les champignons du sol.
Une espèce déjà menacée #
La bonne nouvelle de la découverte s’accompagne d’une inquiétude. Les chercheurs ne connaissent qu’une seule population de moins de 50 individus. Ils proposent donc, à titre préliminaire, de la classer dans la catégorie « en danger critique d’extinction » de la liste rouge de l’UICN.
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Une aire de répartition aussi réduite rend l’espèce très vulnérable à la moindre perturbation de son habitat. Le fait qu’elle se trouve dans un parc national est un atout, mais sa survie dépend aussi des champignons dont elle se nourrit, et donc de la bonne santé de tout le sol forestier.
Ce que la découverte apprend aux botanistes #
Au-delà de sa curiosité, Thismia daemona élargit la carte de son groupe. Elle appartient à la section Geomitra du genre Thismia, dont les espèces connues jusque-là venaient de la péninsule thaï-malaise, de Bornéo et de Sumatra. L’analyse génétique la rapproche d’ailleurs d’une espèce de Bornéo.
Elle porte aussi à seize le nombre d’espèces de Thismia recensées en Thaïlande, quinze ayant été signalées auparavant selon l’introduction de l’étude. Ces petites plantes discrètes restent sans doute sous-inventoriées : chaque mission de terrain dans les forêts d’Asie du Sud-Est peut en révéler de nouvelles.
Le regard du jardinier #
Inutile de chercher Thismia daemona en jardinerie : une plante qui dépend de champignons sauvages et ne compte qu’une cinquantaine d’individus n’a rien à faire dans un pot. Mais sa découverte invite à regarder autrement nos plantes d’intérieur, dont beaucoup viennent elles aussi des forêts tropicales d’Asie.
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Elle rappelle surtout que la biodiversité végétale est loin d’être entièrement connue, et que protéger les forêts, c’est aussi protéger des espèces que personne n’a encore eu la chance de rencontrer.




